Fainéantise et biologie : pourquoi a-t-on « la flemme » ?

Ah, la flemme… Cette sensation qui nous pousse à rester immobiles alors que notre raison (et à défaut notre montre fitness connectée !) nous indique qu’il est vraiment temps de se mettre en mouvement. Mais pourquoi avons-nous si souvent envie de ne rien faire, s’agit-il d’une faiblesse personnelle, d’un défaut à combattre absolument ? Rien de tout cela. Selon la science, c’est même parfaitement naturel.

nous sommes biologiquement programmés pour en faire le moins possible lorsque l’occasion se présente

Le chercheur en biologie de l’évolution David Lieberman de l’université d’Harvard nous éclaire avec une perspective scientifique parfaitement déculpabilisante : nous serions aussi bien adaptés à l’effort physique qu’à l’inactivité. Autrement dit, nous sommes biologiquement programmés pour en faire le moins possible lorsque l’occasion se présente. C’est le fruit de millions d’années d’évolution. Nos ancêtres, bien qu’athlètes endurants, capables de longues courses à travers la savane, savaient aussi quand il était temps de s’arrêter, de se reposer et de conserver leur énergie.

Une habitude ancestrale

Selon Lieberman, les chasseurs-cueilleurs du passé – tout comme les tribus vivant encore de manière traditionnelle aujourd’hui – ne bougent pas plus que nous lorsqu’ils n’ont pas besoin de le faire. Chasser pour manger, fuir pour survivre, voilà des activités nécessaires qui les gardaient en forme, mais une fois ces tâches accomplies, ils n’avaient pas de raison de courir pour le plaisir ! Ce qui est fascinant, c’est que malgré nos modes de vie modernes, nos cerveaux n’ont pas tellement changé. Comme l’explique Lieberman, la plupart des gens aujourd’hui font de l’exercice uniquement si c’est amusant – par le jeu, ou si cela devient absolument nécessaire, comme lorsqu’ils se rendent compte que la troisième boîte de beignets n’est peut-être pas une si bonne idée. L’instinct d’éviter les efforts superflus reste donc profondément ancré en nous.

La flemme, une stratégie

En réalité, cette tendance à économiser notre énergie n’est pas un signe de faiblesse, mais un mécanisme de survie. Pour nos ancêtres, l’énergie était une ressource rare et précieuse. Dépenser des calories inutilement pouvait mettre en péril leur survie. Pas de supermarché à l’horizon pour acheter des protéines après une journée harassante ! Alors, dès que possible, on restait immobile. Et tout simplement, l’instinct initial demeure ! Même si nous vivons dans un monde où la nourriture abonde, notre biologie n’a pas encore pris le train de l’évolution pour s’adapter à ce nouveau contexte. Alors, la prochaine fois que vous vous sentez coupable de ne pas aller à la salle de sport, rappelez-vous que vous êtes simplement fidèle à vos gènes !

L’exercice, ce remède moderne

Mais alors, que faire pour contrer cette tendance naturelle dans un monde où la sédentarité cause des problèmes de santé de plus en plus préoccupants ? Lieberman souligne deux défis urgents : rendre l’activité physique plus plaisante et modifier notre environnement pour inciter à bouger davantage. Il ne s’agit pas seulement d’imposer des routines d’exercice strictes, mais de redonner au mouvement son caractère ludique. L’idée n’est pas nouvelle : les enfants aiment courir, grimper, sauter, non parce qu’ils doivent le faire, mais parce que c’est amusant ! Ainsi, les initiatives visant à réintroduire le jeu et le plaisir dans nos environnements de travail ou scolaires sont essentielles pour combattre notre nature fainéante.

les initiatives visant à réintroduire le jeu et le plaisir dans nos environnements de travail ou scolaires sont essentielles pour combattre notre nature fainéante.

Plutôt que de créer des obligations et des corvées supplémentaires, pourquoi ne pas imaginer des bureaux où l’on peut se déplacer plus librement, des espaces de jeu dans les entreprises ou des pauses actives encouragées par des jeux collectifs ?

Réinventer l’espace

En parallèle, il devient urgent de restructurer nos espaces de vie pour qu’ils requièrent davantage de mouvements. On le voit déjà avec les villes qui investissent dans des pistes cyclables, des escaliers plus accessibles, ou des bureaux équipés de tapis roulants. L’enjeu est de créer des environnements où l’activité physique n’est pas une option, mais une nécessité naturelle, tout en conservant cette touche de plaisir. Si rien ne change, nous risquons de rester piégés dans un cercle vicieux : la sédentarité entraîne des problèmes de santé, et au lieu d’adresser les causes profondes, nous passons notre temps à traiter les symptômes – avec des médicaments, des régimes, ou des abonnements sportifs qui finissent souvent aux oubliettes après quelques mois.

la flemme, c’est normal !

Alors, soyons clairs : avoir la flemme n’est pas un défaut moral. C’est une conséquence naturelle de millions d’années d’évolution. La clé pour surmonter cette tendance n’est pas de lutter contre notre biologie, mais d’apprendre à la contourner, en rendant le mouvement plus agréable et en adaptant nos environnements pour qu’ils favorisent l’activité. La prochaine fois que vous verrez un collègue hésiter entre prendre l’ascenseur ou monter les escaliers, offrez-lui un sourire complice. Après tout, la flemme, c’est dans nos gènes. Mais avec un peu d’imagination, on peut réapprendre à bouger sans que cela ressemble à une punition. Qui sait, la fainéantise pourrait même devenir notre meilleur atout pour repenser nos modes de vie !

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